Philosopher sur le numérique : histoire d'une soirée analogique
C’est facile de faire des plans de match lorsqu’on imagine un événement, mais ensuite, on ne peut qu’espérer que les ingrédients prennent ensemble pour que la magie opère. C’est ce qui est arrivé lors de l’atelier de philo « Mémoire et rythme numériques », préparé et animé par Joëlle Tremblay, philosophe, le 26 septembre dernier chez SPK.
L'art de poser les bonnes questions
Un groupe bienveillant, des discussions profondes et enrichissantes et une invitation à revoir notre rapport à l’écran : c’est ce qui nous attendait. Nous avons même été invités à publier du contenu sur les réseaux sociaux, mais étonnamment, presque tout le monde a rangé son téléphone. Et puisque l’art de la philo, c’est de poser les bonnes questions, Joëlle en avait une série des plus pertinentes pour nous. Par exemple :
- Pourquoi a-t-on tant besoin de créer des images pour se souvenir, alors qu’on a la mémoire?
- Comment notre intelligence s’est-elle transformée avec le numérique, si on stocke l’information à l’extérieur de nous?
- Que sommes-nous et que deviennent nos relations, sans le numérique?
Loin des débats circulaires sur le web
Visiblement, je n’ai pas été la seule à être enchantée par la formule. Qui de mieux que les participants pour vous partager leur expérience de cette soirée où le cerveau collectif était à l’honneur? Mickaël Bergeron, journaliste, chroniqueur et animateur, m’a partagé ses impressions. « Internet a beau permettre à des centaines (milliers, infini) de personnes de commenter tout et n'importe quoi, rarement y retrouve-t-on de réelles rencontres (bien que ça ne soit pas impossible). Sauf que des ateliers comme celui proposé par SPK et Joëlle Tremblay doivent pas mal toujours permettre "ça", des rencontres. Des inconnu.e.s, ou presque, qui tout d'un coup se mettent à réfléchir ensemble, pas pour avoir raison, pas pour se mettre en valeur, encore moins pour rabaisser, mais pour se rencontrer, pour s'ouvrir, pour s'échanger des bouts de pensées qu'on n’aurait peut-être pas partagé autrement, ce qui, malgré tout - ou grâce à ça -, aura sans aucun doute semé dans chacun des esprits présents une graine qui permettra d'ouvrir de nouveaux chemins, de jeter un regard différent sur le monde. Et ça, c'est beau et essentiel. »
Véronique Boisjoli, auteure et coordonnatrice aux projets spéciaux chez iXmédia, a quant à elle retenu « qu'au-delà de disperser des miettes ici et là, dans le terreau numérique, il faut constamment se rappeler de donner un sens à tout ça. Il faut sortir de l'image et de la représentation, pour cultiver ce qui est le plus susceptible de nourrir notre esprit et d'alimenter notre dialogue avec l'autre. »
Joëlle a mis la main sur des passages de livres non disponibles sur le web pour accompagner nos discussions. Ana-Laura Baz, coordonnatrice de l'engagement numérique au Musée de la civilisation, a « beaucoup aimé les extraits qui nous rappellent que le numérique s'inscrit dans une constante évolution de nos manières d'être et d'agir. Nous savons bien que l'arrivée de l'informatique et des usages du web d'aujourd'hui entraînent l'apparition de nouvelles réalités et usages, mais globalement, nous sommes dans une constante évolution. »
Une soirée qui laisse des traces
Il va sans dire que cette expérience nous habitera longtemps. Véronique Langlais, stratège en communication numérique chez Kabane, nous l’explique joliment. « Tandis que les jours se suivent, que je vais au travail, que je retourne chez moi, que je discute avec des amis, je ressens encore en moi les échos de nos réflexions. Je perçois un léger changement, je philosophe avec moi-même, je remets en question certains de mes a priori sur ma relation avec les technologies et j'aborde constamment le sujet avec mon entourage. Je me pose soudain en observatrice, parfois sceptique, parfois enthousiaste, sur ma présence numérique, mais toujours en gardant en tête la vibrance de nos discussions lors de cette soirée. Nos points de vue qui fusaient d’un peu partout, la communion, le partage. Comme si je voulais les apposer, en filtre, sur mon écran. J’ai été ébahie par la générosité de nos échanges et la portée des sujets qui les ont traversés. J’attends avec impatience notre prochaine rencontre pour poursuivre ma réflexion! »
La prochaine date est déjà annoncée : rejoignez-nous le 28 novembre prochain! Nous parlerons d’un paradoxe central de l’univers numérique : sa promesse d’information et son accès limité par les algorithmes. Également au programme, la communication (les fameux emojis, par exemple!) et les enjeux éthiques du numérique.
Photos : Elias Djemil






